lundi 6 février 2012

Alors que le ralentissement menace, la "troïka" allège les contraintes de l'Irlande

Bruxelles Bureau européen - Enda Kenny, le premier ministre irlandais, s'est réjoui, dimanche 5 février : le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE) ont accepté que son pays consacre désormais une "partie substantielle" du produit des privatisations à la création d'emplois, plutôt qu'au désendettement.

"C'est un changement important de la position de la "troïka" par rapport au début des discussions", a-t-il commenté, en référence aux injonctions initiales du FMI, de la Commission et de la Banque centrale européenne : depuis la mise sous assistance de son pays, en novembre 2010, les privatisations devaient en effet servir à réduire une dette considérée comme insoutenable, à près de 120 % du produit intérieur brut (PIB).
C'est aussi un signal de plus que les créanciers internationaux cherchent à ménager la croissance, quitte à assouplir un peu le rythme de la consolidation budgétaire dans les pays en difficulté.

La "troïka" des bailleurs de fonds de Dublin exprime ainsi sa confiance dans le gouvernement de centre gauche irlandais. "Les Irlandais ont acquis des marges de manoeuvre, cela continuera tant qu'ils rempliront les objectifs du programme" d'assainissement acté avec les créanciers internationaux, prévient l'entourage du commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

Si la Grèce et le Portugal, dans une moindre mesure, ont du mal à tenir leurs engagements, l'Irlande fait un peu mieux que prévu lorsque le plan d'aide de 85 milliards d'euros a été activé dans l'urgence. Représentant quelque 10 % du PIB en 2011, son déficit est moins lourd qu'annoncé. Le secteur bancaire, dont la faillite avait précipité le naufrage du pays, est en voie de restructuration. Moteurs de la croissance irlandaise, les exportations de l'ancien "tigre celtique" ont repris de plus belle.

CHÔMAGE ENCORE ÉLEVÉ

Mi-janvier, en visite à Dublin pour débloquer une nouvelle tranche d'assistance, le FMI, la Commission et la BCE ont indiqué que le pays était "sur la bonne voie", mais que des "défis importants demeuraient".

La perspective d'un retour du pays sur les marchés en 2013 semble, en effet, se compliquer en raison du ralentissement économique susceptible de freiner le redressement, et donc le désendettement. L'UE et le FMI ont ramené de 1,1 % à 0,5 % leur prévision de croissance pour 2012. Le chômage reste à des niveaux élevés, à plus de 14 % de la population active. La consommation domestique s'est contractée au rythme de l'ajustement de l'économie. Un second programme d'aide n'est pas tout à fait exclu.

"Nous serons capables de retourner sur les marchés en 2013 mais nous ne pourrons pas lever les 24 milliards d'euros dont nous avons besoin pour 2014 sans aide extérieure", estime Brian Devine, économiste chez NCB Stockbrokers. L'Irlande n'est pas à l'abri d'une nouvelle vague de panique, si la Grèce venait à faire faillite.

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